Combien rapporte un stream aux artistes et aux labels indépendants
Les chiffres « par écoute » qui circulent ne viennent d'aucune plateforme. Voici comment l'argent du streaming est réellement réparti, selon Spotify, Deezer et le Centre national de la musique.
Il n'existe pas de prix fixe par écoute, et c'est la première chose à savoir. Spotify l'écrit en toutes lettres dans son aide aux artistes : « Spotify ne paye pas les royalties des artistes selon un taux par lecture ou par écoute ». Les « 0,003 € par stream » qui circulent sont des moyennes recalculées par des tiers, pas des tarifs publiés. Cette page explique donc le mécanisme.
La part d'écoutes : le modèle de base
Le modèle utilisé par la plupart des plateformes porte deux noms : « pro rata », ou MCPS (Market Centric Payment System) dans l'étude du CNM. Le principe est simple.
- La plateforme rassemble ses revenus nets du mois : abonnements et publicité, moins les taxes et frais.
- Elle calcule la part de chaque ayant droit dans le total des écoutes.
- Elle lui verse la même part du fonds de royalties.
Spotify donne l'exemple : un titre qui a reçu 1 % de toutes les écoutes du mois reçoit 1 % du fonds. Ce fonds représente, selon Spotify, « près des deux tiers de chaque dollar » que le service gagne grâce à la musique. La valeur d'une écoute varie donc chaque mois et selon le pays.
Le seuil de 1 000 écoutes chez Spotify
Depuis avril 2024, un titre doit avoir atteint au moins 1 000 écoutes sur les 12 derniers mois pour entrer dans le calcul des royalties d'enregistrement chez Spotify. Un nombre minimal d'auditeurs uniques est aussi exigé, mais Spotify ne le publie pas, pour éviter les manipulations.
- Avant le seuil : selon Spotify, ces titres généraient en moyenne 0,03 $ par mois.
- Après le seuil : cet argent est redistribué aux titres éligibles.
- Ce qui ne change pas : les droits d'édition, versés aux auteurs et compositeurs, ne sont pas concernés.
Le modèle user centric, étudié par le CNM
Le modèle alternatif, dit user centric (UCPS), répartit l'abonnement de chaque utilisateur entre les seuls titres qu'il écoute.
Le Centre national de la musique a mesuré l'effet d'un passage à ce modèle, dans une étude lancée en avril 2020 avec le ministère de la Culture et le cabinet Deloitte. Seuls Deezer, Spotify et la Sacem ont fourni des données.
| Constat du CNM | Ce que cela veut dire |
|---|---|
| Moins de fléchage vers les gros écouteurs | La répartition suit mieux le poids de chaque profil d'abonné |
| Gains réels mais faibles pour les petits artistes | Au-delà du 10 000e artiste le plus écouté, quelques euros par an au maximum en moyenne |
| Transfert entre genres | Au détriment du rap et du hip-hop, au profit du rock et de la pop |
| Coûts encore flous | Estimés de façon très disparate par les deux plateformes |
Le CNM conclut que savoir quel modèle est « plus juste » relève d'un choix de principe, que les chiffres ne peuvent ni valider ni invalider.
Le modèle « centré sur l'artiste » de Deezer
Deezer a choisi une troisième voie, l'Artist-Centric Payment System (ACPS). Il garde la part d'écoutes, mais la pondère.
- Un boost d'audience : un artiste qui dépasse 1 000 écoutes par mois par au moins 500 auditeurs voit chaque écoute compter double.
- Un boost d'intention : une écoute compte aussi davantage quand le titre a été recherché activement ou trouvé dans une playlist Deezer non algorithmique.
- Les deux cumulés : la valeur de l'écoute est multipliée par 4.
- Un plafond : chaque utilisateur pèse au maximum 1 000 écoutes par mois dans le pot commun, contre 600 en moyenne selon Deezer.
Depuis janvier 2025, selon Deezer, les droits gérés par la Sacem sont aussi répartis selon ce modèle en France.
Le chemin de l'argent jusqu'au label indépendant
Une plateforme ne paie presque jamais l'artiste directement. Deezer l'indique : il « paie les distributeurs directement », qui paient ensuite les artistes. Spotify décrit la même chaîne.
| Étape | Qui reçoit | Selon quoi |
|---|---|---|
| Royalties d'enregistrement | Label ou distributeur | Part d'écoutes |
| Royalties d'édition | Éditeurs, sociétés d'auteurs comme la Sacem | Règles de chaque organisme |
| Part de l'artiste | L'artiste | Son contrat avec le label ou le distributeur |
Pour un label indépendant, le montant final dépend donc du modèle de la plateforme, du contrat de distribution et des frais de retrait.
Ce que vous pouvez faire en tant qu'auditeur
Le choix du service compte un peu : pro rata chez Spotify, pondération chez Deezer. Notre page pour comparer Spotify, Deezer et les autres plateformes en tient compte. L'achat d'un disque reste un soutien plus direct, à écouter sur une platine vinyle. Le modèle de YouTube Music n'est pas traité ici ; pour l'usage du service, voyez notre guide YouTube Music sur ordinateur. D'autres repères sont dans nos guides pour écouter la musique.
Questions fréquentes
Combien rapporte un stream sur Spotify ?
Aucun tarif fixe n'existe. Spotify verse aux ayants droit une part de son fonds de royalties égale à leur part d'écoutes du mois, puis l'artiste touche ce que prévoit son contrat.
D'où vient le chiffre de 0,003 € par stream ?
C'est une moyenne calculée par des tiers. Aucune plateforme ne la publie comme tarif, et Spotify dément payer selon un taux par écoute.
Qu'est-ce que le modèle user centric ?
C'est une répartition où l'abonnement de chaque utilisateur va aux seuls artistes qu'il écoute. Le CNM a montré que les gains pour les petits artistes seraient réels mais faibles en valeur.
En quoi le modèle de Deezer est-il différent ?
Deezer double la valeur d'une écoute pour les artistes suivis par au moins 500 auditeurs et 1 000 écoutes par mois, et pour les titres recherchés activement. Il plafonne aussi le poids de chaque utilisateur.
Les labels indépendants sont-ils payés comme les majors ?
Le calcul de la plateforme est le même pour tous les ayants droit. La différence vient ensuite des contrats de distribution et du partage entre le label et l'artiste.