La musique de jeux vidéo, des puces sonores à l'orchestre symphonique
En une cinquantaine d'années, la bande-son des jeux est passée de quelques sons programmés à des partitions enregistrées par de vrais orchestres. Repères, compositeurs et pistes pour l'écouter aujourd'hui.

La musique de jeux vidéo est la musique composée pour accompagner un jeu. Son histoire commence dans les années 1970 et suit de près celle des machines : tant que la mémoire était rare, les compositeurs écrivaient pour quelques voix électroniques ; aujourd'hui, une partition peut être enregistrée par un orchestre complet. La Philharmonie de Paris lui consacre une exposition, Video Games & Music, ouverte du 2 avril au 1er novembre 2026.
Les débuts : quand le son était du code
La Philharmonie rappelle que la Magnavox Odyssey, première console de jeu vidéo, sortie en 1972, n'avait pas de son. Avec Pong, trois sonorités suffisaient à signaler un rebond ou un point gagné.
Dans les salles d'arcade des années 1970 et du début des années 1980, la musique se limite souvent à de courts morceaux à une seule voix, joués en boucle ou en début de partie, comme dans Pac-Man. La console Atari 2600 ne pouvait produire que deux tonalités à la fois. Surtout, chaque note devait être transcrite en code de programmation, souvent par un développeur sans formation musicale.
| Période | Ce qui change |
|---|---|
| 1972 | Magnavox Odyssey, première console, sans son |
| Années 1970-1980 | Morceaux courts à une voix, synthèse FM, canaux limités |
| 1987 | Ultimate Soundtracker, début du format MOD et des trackers |
| 1994 | PlayStation et Sega Saturn lisent des CD-ROM : qualité audio d'un CD |
| 1997 | Première musique orchestrale originale pour un jeu |
| Années 2000 | Des compositeurs de cinéma écrivent pour le jeu vidéo |
La chiptune, un son devenu un genre
La chiptune, ou musique 8 bits, désigne la musique produite en temps réel par la puce audio d'un ordinateur ou d'une console. Le mot vient de l'anglais chip (puce) et tune (mélodie). Son âge d'or va du milieu des années 1980 au début des années 1990, quand les puces étaient le moyen le plus courant de faire de la musique sur ordinateur.
Les limites de ces puces donnent un timbre artificiel très reconnaissable. Ce son a survécu grâce à la demoscene, puis à une scène dédiée, et des jeux récents le reprennent, comme Crypt of the NecroDancer.
- Origine : les puces sonores des ordinateurs et consoles 8 bits
- Âge d'or : milieu des années 1980 au début des années 1990
- Aujourd'hui : une scène active, des émulateurs, des jeux qui s'en inspirent
Échantillons, CD et orchestres
L'Amiga a ouvert la voie à l'échantillonnage : la puce rejoue des sons enregistrés, beaucoup plus fidèles. En 1987, le logiciel Ultimate Soundtracker de Karsten Obarski lance le format MOD, qui permet à n'importe qui de composer à partir d'échantillons. En 1994, la PlayStation et la Sega Saturn, équipées d'un lecteur de CD-ROM, atteignent la qualité audio d'un CD.
En 1997, Michael Giacchino compose la musique du Monde perdu : Jurassic Park, premier jeu doté d'une musique orchestrale originale, enregistrée avec un orchestre symphonique de 40 musiciens. Depuis les années 2000, les studios font appel à des compositeurs de cinéma, à commencer par Harry Gregson-Williams pour Metal Gear Solid 2 en 2001.
Des compositeurs qui ont marqué le genre
| Compositeur | Repères |
|---|---|
| Kōji Kondō | Entré chez Nintendo en 1984, premier salarié à temps plein dédié au son ; musiques des séries Super Mario et The Legend of Zelda |
| Nobuo Uematsu | Recruté par Square à 26 ans ; musique de la série Final Fantasy ; fondateur du groupe The Black Mages |
| Michael Giacchino | Première musique orchestrale originale de jeu (1997), puis la série Medal of Honor |
| Kōichi Sugiyama, Yūzō Koshiro, Martin Galway | Cités parmi les compositeurs qui se font un nom à la fin des années 1980 |
Ces partitions sont aussi récompensées, notamment aux Game Awards, aux Golden Joystick Awards et aux BAFTA Games Awards.
Écouter la musique de jeux vidéo aujourd'hui
- En concert : en juin 2026, la Philharmonie de Paris a programmé quatre rendez-vous autour de l'exposition, du 23 au 27 juin. Les dates de la saison suivante consacrées au jeu vidéo n'étaient pas vérifiées au 12 octobre 2026 : consultez son agenda.
- À l'exposition : une vingtaine de jeux jouables, des consoles, des instruments et des stations interactives, jusqu'au 1er novembre 2026, sur réservation.
- En streaming : la Philharmonie a publié une playlist d'une centaine de titres, des premiers morceaux 8 bits aux clips pop inspirés des jeux. Les bandes originales officielles des grandes séries sont souvent disponibles sur les plateformes.
- En lecture : plusieurs livres retracent cette histoire, à retrouver dans notre sélection de livres sur la musique.
Les machines ont aussi façonné d'autres musiques électroniques : l'histoire de Daft Punk en offre un exemple. Pour d'autres récits, parcourez les guides Artistes et histoire, du parcours de la chanteuse Shannon à l'enquête sur la photo truquée de Kurt Cobain.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la chiptune ?
Une musique produite en temps réel par la puce sonore d'un ordinateur ou d'une console, typique des machines 8 bits. Son âge d'or va du milieu des années 1980 au début des années 1990, mais une scène continue d'en composer.
Quel a été le premier jeu avec une musique orchestrale ?
Le Monde perdu : Jurassic Park, en 1997, dont Michael Giacchino a composé la musique originale, enregistrée avec un orchestre symphonique de 40 musiciens.
Qui a composé la musique de Super Mario et de Zelda ?
Kōji Kondō, entré chez Nintendo en 1984. Il a été le premier salarié de l'entreprise embauché à temps plein pour travailler spécifiquement sur le son des jeux.
Où voir l'exposition sur la musique de jeux vidéo à Paris ?
À la Philharmonie de Paris, 221 avenue Jean-Jaurès, dans le 19e arrondissement. L'exposition Video Games & Music est ouverte du 2 avril au 1er novembre 2026 et la réservation est indispensable.
Pourquoi les premières musiques de jeux sonnaient-elles ainsi ?
Parce que les puces sonores étaient limitées : l'Atari 2600 ne produisait que deux tonalités à la fois, et chaque note devait être programmée. Ce timbre est devenu un style à part entière, la chiptune.